Elle fait partie des monuments de l’ultra-endurance. Une course qui nourrit les mythes et occupe une place à part dans l’imaginaire de nombreux ultra-cyclistes. Sans assistance, avec un parcours libre à tracer à travers l’Europe, la Transcontinental est devenue l’une des grandes références du cyclisme d’ultra-distance sur route. XXL dans ses chiffres comme dans le niveau de compétition qu’elle attire chaque année, elle trottait dans un coin de ma tête depuis un moment. En 2026, plusieurs planètes se sont finalement alignées pour me permettre d’en prendre le départ.
Si je me considère aujourd'hui comme un ultra-cycliste expérimenté — avec déjà près d’une dizaine de courses de plus de 1 000 kilomètres, et plusieurs podiums sur des épreuves internationales comme la Highland Trail 550, l’Atlas Mountain Race ou la Transpyrenees — je n’avais encore jamais pris le départ d’une course d’une telle envergure : 4 750 kilomètres, 50 000 mètres de dénivelé positif et 13 pays à traverser.

2026 : un contexte loin d’être idéal
Je n’ai pas pour habitude de me plaindre ni de m’épancher sur mes petits soucis, mais il me semble important d’apporter ici un peu de contexte.
J’ai vécu, quelques mois avant cette Transcontinental, probablement l’un des hivers les plus difficiles depuis que je me suis lancé dans ce double projet sportif et professionnel, il y a maintenant trois ans et demi. Mon activité de journaliste freelance est en croissance, mon projet sportif continue d’avancer avec succès, mais je dois admettre que le point d’équilibre entre les deux n’est pas encore atteint. C’est aussi la réalité d’un sport encore en construction, où les modèles économiques permettant aux athlètes de vivre de leur pratique restent fragiles. Ajoutez à cela un nouveau statut de papa et vous obtenez quelques mois particulièrement intenses, durant lesquels il a parfois fallu se demander pourquoi continuer à consacrer autant d’énergie à ce projet.

Pourquoi je vous parle de tout cela ? Parce que l’ultra se joue autant dans la tête que dans les jambes. Et s’il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a probablement pas non plus de ligne d’arrivée en ultra sans un feu intérieur suffisamment ardent pour continuer à avancer.
Les mois qui m’ont amené sur cette ligne de départ, le 19 juillet, ont sérieusement questionné mes motivations et ma capacité à poursuivre ce projet, mais avec le recul, je crois pourtant qu’ils ont aussi contribué à la course que j’allais réaliser : celle que j’attendais depuis longtemps. Une course durant laquelle j’ai enfin eu le sentiment d’avoir exploité mon potentiel à l’instant T. Et c’est probablement ce à quoi aspire tout sportif.

L’avant-course : pleine de rebondissements
Vendredi 19 juin, 18 h 30. Je referme mon MacBook, fatigué mais satisfait des semaines qui viennent de s’écouler. J’ai clôturé l’essentiel des tâches liées à mon activité de journaliste freelance. À un mois du départ, je peux enfin enfiler pleinement mon bleu de cycliste. Ou plutôt celui de gestionnaire de ressources. Car la Transcontinental commence bien avant le premier coup de pédale. Elle se joue en partie sur un écran, à passer des heures devant des cartes pour imaginer, comparer et peaufiner son itinéraire. Le parcours est libre, à l’exception de quatre points de contrôle et de quelques secteurs imposés. Libre à chacun de trouver sa propre ligne à travers l’Europe. La cartographie fait donc partie intégrante de la performance. Ce dernier mois devait me permettre de terminer ce travail tout en peaufinant ma préparation sur le vélo. Mais une épine de taille est venue se mettre en travers de ma route. À quelques semaines de la plus grosse course de ma saison, je décide de me séparer de mon sponsor principal. Me voilà sans vélo. Le timing aurait difficilement pu être pire. Il faut trouver une solution, et vite. Je dois trouver un vélo capable d’avaler près de 5 000 kilomètres qui intègre quelques passages off-road, mais aussi trouver le temps de le monter, de trouver ma position et de m’assurer que mon corps l’accepte avant de partir traverser l’Europe.
Ce contretemps sera finalement un mal pour un bien. Il me permet de rencontrer Nicolas, de Trust Cycle, qui me propose immédiatement de mettre à ma disposition un Tavelo Grow. J-7. Le vélo est enfin prêt. L’étude posturale finalisée, les derniers détails sont peaufinés et ma trace est terminée. Après plusieurs semaines à mener de front entraînement, travail, cartographie et changement de vélo de dernière minute, je peux enfin souffler. Ou presque. Dans une semaine, il faudra prendre le départ.

La course
De la Norvège à la Suède : La course au Ferry
Pour la première fois dans son histoire, la TCR file du nord vers le sud de l’Europe. Le départ est donné dans le nord de la Norvège à Trondheim. Un départ particulier puisqu’il nous offrira une nuit claire. Ce début de course est assez intéressant puisqu’après 1 600 kilomètres nous devons prendre le ferry pour traverser la mer Baltique au sud de la Suède. Soit plus ou moins trois jours de course. Même si celle-ci est longue, cette première étape est importante puisque les intervalles de temps entre les différents ferry et ports impacteront déjà ce début de course. Si les 24 premières se déroulent sans encombre, j’ai rapidement des douleurs importantes aux genoux, lié au manque de recul sur les données de l’étude posturale que nous avons faite 15 jours plus tôt. J’adapte et je temporise. Je pointe en 14eme place au CP1 à Flåm. Si j’essaye de prendre mon mal en patience en me disant que mon corps va s’adapter, je reste toutefois bien impliqué dans mon effort, ce qui me permettra de prendre le ferry à Trelleborg, (non sans une dernière journée XXL) le mercredi soir à 2 heures du matin, soit 3 jours et 6 heures après le départ, pour traverser la mer Baltique avec le second groupe de tête.

Pologne, République-Tchèque, Slovaquie
Le jeudi matin, à 10 heures nous accostons à Świnoujście en Pologne. Les paysages sont superbes et mes sensations sont meilleures, en atteste mon GPS avec plus de 31 km/h de moyenne sur la journée. Après une petite journée (11 heures) sur le vélo, je m’arrête dormir 4 heures à l’hôtel. À mon réveil je laisse derrière moi les plaines agricoles de la Pologne et file en direction des premiers reliefs marqués de la course. Le second point de contrôle de cette TCR se divise en deux sections obligatoires. La première en République-Tchèque qui rejoint Praděd. Cette montagne située à 1 491 mètres d’altitude est le point culminant de la Moravie. La seconde partie qui accueille le CP2 se situe dans les montagnes du Tatras en Slovaquie. Ces portions intègrent chacune des sections off-road. C’est un vrai régal. Je profite des qualités du Travelo Grow dans ces sections cassantes et mets à profit mon expérience en VTT. J’arrive le samedi midi au CP2 en 10eme position.

Hongrie, Serbie, Bosnie-Herzégovine
La sortie des Tatras m’aura donné du fil à retordre. Les longues sections gravel associées au dénivelé auront puisé dans mes réserves. La traversée (ennuyeuse) de la Hongrie m’attend. Le peu d’infrastructure m’oblige à réserver un hôtel assez loin sur mon plan de route et la fatigue accumulée de la journée ne me permettra pas de le rejoindre sans devoir passer la nuit sur le vélo. Je me résilie à dormir dehors pour cette fois. Je dors 4 heures à nouveau. Si je dors plutôt bien, cela ne vaut pas une nuit à l’hôtel et je le sentirais dans la journée. Pour rejoindre le CP3 situé à Sarajevo, j’ai choisi une option différente de la plupart de mes concurrents. J’ai fait le choix de traverser la Serbie puis de passer par la Bosnie-Herzégovine avant d’arriver au Monténegro. Si sur le papier l’option est plus longue que passer directement par la Croatie, elle offre une topographie très plate. Je me heurte malheureusement à un vent de face pendant une grosse partie de la journée qui ralentira ma progression. Je suis le seul à arriver au CP3 par le sud. Manque de chance la montée qui me mène au checkpoint est 100 % en chemin, avec des passages à près de 20-25%. Si j’arrive à tout passer sur le vélo, j’y laisse définitivement des plumes et je perds l’avance que j’avais réussi à prendre sur quelques-uns. J’arrive quand même en 8eme position au CP3, mais j’ai perdu de précieuses heures sur le groupe qui se disputera le podium un peu plus tard.

Montenegro, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine, Albanie
Le quatrième point de contrôle est situé en Albanie. Il se divise en deux parties. Une section obligatoire, situé dans le nord du pays, proche des Alpes Albanaises, puis le CP4 qui est situé à Leskovic, tout au sud à quelques kilomètres de la frontière avec la Grèce. Pour le rejoindre c’est une enfilade de pays qui m’attend. Serbie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine… Les paysages sur cette section de l’itinéraire sont superbes. Je retiens surtout la traversée du Plateau de Pešter, le plus grand plateau de la péninsule balkanique, qui me laissera un souvenir indélébile. Côté course, je croise très peu me concurrent jusqu’en Albanie ou je jouerais au chat et à la souris pendant de longs kilomètres avec Tim de White, que je connais bien puisque nous nous étions bataillé le podium de la Trans Pyrenées en octobre dernier. J’arrive à prendre mes distances un peu avant le CP4 ou je pointerais à la 7eme place.
Grèce : le bouquet final
Cela fait déjà dix jours que je suis sur le vélo lorsque je passe la frontière de la Grèce. Par chance j’arrive au poste frontalier à 18 h, une heure avant sa fermeture. Si la ligne d’arrivée paraît plus proche qu’elle ne l’a jamais été, je reste bien concentré car il me reste encore 500 kilomètres à parcourir. Une bouchée de pain lorsque l’on à déjà fait 4 200 kilomètres me direz-vous et pourtant. Cette traversée de la Grèce ce divise en deux : une première partie pour rejoindre le golfe de Patras ou un ferry nous attend, et enfin le Péloponnèse comme bouquet final avec un parcours obligatoire de 170 kilomètres au relief bien escarpé. La première partie se passe bien. Même si la fatigue est bien présente j’arrive à rester régulier. Quelques petites erreurs de parcours m’auront encore coûté du temps et j’arrive au ferry en même temps que Tim. Il nous reste 270 kilomètres pour nous départager. Je file plein gaz sur la côte avant de monter dans les reliefs de la péninsule. Cette dernière partie concentre près de 5 000 mètres de dénivelé. Cette dernière nuit va être longue. Je sais d’emblée que je ne pourrais pas la faire sans dormir. Je fais le choix assez tôt de m’arrêter 1h30. Tim en profite pour me repasser devant, mais la fraîcheur (toute relative) de mon arrêt me permettra de repasser devant et de boucler enfin cette Transcontinentale en 11 jours 9 heures et 40 minutes à la 8eme place.

Le matériel
J’ai roulé cette Transcontinental avec le Travelo Grow. Ce modèle était à mon sens idéal pour ce parcours qui intégrait quelques sections de gravel. Le vélo grâce à sa conception aerodynamique s’est montré vraiment efficace sur les longues portions roulante. J’ai utilisé une configuration 1x12 en 48 - 11-52. Je suis très satisfait de ce choix et si c’était à refaire je ferais pareil. J’ai utilisé mes roues montées par Aurélien des Roues de l’Écureuil associé à des Hutchinson Blackdird All season en 34mm. Côté bagagerie je suis partie avec un total de 9.5L de capacité total avec un ensemble complet de chez Restrap.

Ce que je retiens : Un brin de fierté, beaucoup d’espoir
Si cette Transcontinental ne me satisfait pas pleinement, je reste très fier dans la manière dont j’ai couru. J’ai su conserver un optimisme sans faille qui m’a porté du début à la fin. Et comme Edgar Grospiron le dit : « Je me suis rendu compte que mes performances n'étaient pas uniquement liées à mes compétences, mais d'abord à ma motivation. » J’ai pu prendre toute la mesure de cela lors de cette course. Cela me laisse beaucoup d’espoir quant à la suite. Merci encore à Nico et Trust Cycle de m’avoir permis de réaliser ce bout de rêve.